S'il est vrai que la parole est le meilleur véhicule du conte, de même que c'est en marchant qu'on regarde le mieux un paysage, il est néanmoins utile, par désir ou par commodité, de prendre la voiture le train ou l'avion.

Le conte, pour se faire entendre, doit parfois lui aussi voyager au moyen d'encre et de papier. Voici qu'un carrosse nouveau lui est offert... le blog.
Puisse-t-il vous emporter dans son périple magique.


TCHONG TSEU


Quand vous arrivez quelque part,
Suivez la tradition locale.
Observez les us et coutumes
Que pratiquent les gens du lieu.

jeudi 21 juin 2012


Madame d’Aulnoy

C’est entre 1692 et 1695 , quelques années avant les Contes de ma Mère l’Oye, que fut publié en France le premier « conte de fées ». L’Ile de la Félicité, était inséré dans Hypolite, comte de Douglas, un roman de Madame d’Aulnoy.
Tout autant que romancière ou conteuse, Marie-Catherine le Jumel de Barneville, baronne d’Aulnoy, fut une aventurière ; sa vie fut un véritable roman de cape et d’épée.
Elle a vu le jour en Normandie, à Barneville, le village dont elle porte le nom, vers 1650. Elle  a seize ans quand on la marie à un valet de pied du duc de Vendôme, François de la Motte, qui a trente ans de plus qu’elle. Il lui fait cinq enfants, ce qui lui donne tout le temps de le détester et de prendre un amant. L’époux incommode est soupçonné de malversations et contraint de s’expatrier. Marie-Catherine en profite pour le faire accuser du crime encore plus grave de lèse-majesté par son amant et un autre complice. De la Motte est traîné en justice, mais finalement relaxé et ce sont les trois calomniateurs qui sont condamnés à avoir la tête tranchée. Pendant qu’on arrête les deux hommes, Marie-Catherine parvient à s’échapper par un escalier dérobé. Elle se réfugie dans une église voisine et passe la nuit sous un catafalque qui reposait là. Elle demeure introuvable le temps que cessent les recherches et se réfugie en Angleterre. De là, elle passe en Espagne où, désireuse de rentrer en grâce, elle accepte de rendre au Royaume de France quelques discrets services.
Enfin, elle peut revenir à Paris, mais incorrigible, elle a de nouveau des fréquentations douteuses et prend pour amie une femme qui sera décapitée pour avoir tué son époux, ce qui n’arrange pas sa réputation.
Elle a pourtant d’autres amies, des conteuses, telles Madame de Murat ou Mademoiselle L’Héritier. Car tout au long de ses aventures, Marie-Catherine n’a jamais cessé d’écrire, des relations de voyage, des mémoires et ce roman dans lequel elle insère un conte. Car en ce temps la mode du conte fait fureur ; dans les salons littéraires, les « ruelles » comme on les nommait alors, il est de bon ton de faire venir au grand jour, les histoires racontées dans les campagnes que les nourrices racontaient aux petits enfants.
C’est en 1697 et 1698, que Madame d’Aulnoy publie les contes qui l’ont rendue célèbre, dont le fameux Oiseau Bleu. Enfin assagie, elle vit dans sa maison de la rue Saint-Benoît où elle meurt le 14 janvier 1705.
Ses histoires sont pleins d’heureuses trouvailles de langage et souvent plus sensuelles que celles de Perrault. La cruauté y est parfois difficile à soutenir, ainsi dans ce passage de La Chatte Blanche :
« Les larmes vinrent deux ou trois fois aux yeux du jeune prince, de la seule pensée qu’il fallait couper la tête à sa petite Chatonne qui était si jolie et si gracieuse. Il dit encore tout ce qu’il put imaginer de plus tendre pour qu’elle l’en dispensât, elle répondait opiniâtrement qu’elle voulait mourir de sa main ; et que c’était l’unique moyen d’empêcher que ses frères n’eussent la couronne ; en un mot, elle le pressa avec tant d’ardeur, qu’il tira son épée en tremblant, et d’une main mal assurée, il coupa la tête et la queue de sa bonne amie la Chatte….

1 commentaire:

manouche a dit…

Quelles révélations ! peu fréquentable cete mme d'Aulnoy...